Vérités N°12: Éolien en mer flottant en Bretagne Nord-Ouest (BNO) : état des connaissances scientifiques sur les impacts potentiels sur le benthos
Stéphanie Le Bonniec, biologiste – Experte biodiversité et mammifères marins
Association Enviro-Veritas BZH – 02 janvier 2026
Le projet d’éolien en mer flottant en Bretagne Nord-Ouest (BNO) s’inscrit dans une zone caractérisée par des fonds meubles à forte dynamique hydrosédimentaire, supportant des communautés benthiques fonctionnellement essentielles. La littérature scientifique internationale montre que les impacts des parcs éoliens offshore sur le benthos existent, sont contextuels, et restent insuffisamment documentés à long terme, en particulier pour les technologies flottantes. En s’appuyant sur des revues de littérature, des programmes de suivi de long terme et des référentiels institutionnels, cet article synthétise les connaissances applicables à la zone BNO et met en évidence les principales incertitudes scientifiques.
Le benthos : un compartiment central des écosystèmes marins
Le benthos regroupe les organismes vivant sur ou dans les sédiments marins (macrofaune, méiofaune, microphytobenthos). Il joue un rôle clé dans la bioturbation et la structuration des sédiments, le recyclage de la matière organique, les flux biogéochimiques (azote, carbone) et le soutien des réseaux trophiques, notamment halieutiques.
Les suivis scientifiques rappellent que les modifications du benthos peuvent entraîner des effets en cascade sur le fonctionnement global des écosystèmes côtiers et hauturiers (Dannheim et al., 2020).
Cadre scientifique général : consensus et limites actuelles
La revue de référence de Dannheim et al. (2020) publiée dans ICES Journal of Marine Science analyse plus de 200 études sur les effets des énergies marines renouvelables, dont l’éolien offshore, sur le benthos. Elle conclut que les impacts sont avérés mais majoritairement locaux, qu’ils dépendent fortement du type de substrat, de la profondeur, et des techniques d’installation et que les effets fonctionnels (bioturbation, productivité benthique) sont largement sous-étudiés.
Ces conclusions sont reprises et actualisées par des synthèses plus récentes soulignant que de nombreuses affirmations positives ou neutres reposent sur des données temporelles trop courtes (Watson et al., 2024 ; Thomassen et al., 2025).
L’ICES insiste, dans plusieurs groupes de travail, sur la nécessité de designs BACI (Before-After-Control-Impact) robustes et de suivis multi-décennaux pour le compartiment benthique.
Les mécanismes d’impact sur le benthos
En phase de construction, les travaux génèrent une remobilisation des sédiments, une augmentation de la turbidité et des perturbations physiques directes (ancrages, dragages localisés).
Ces effets sont généralement aigus et spatialement circonscrits, mais leur intensité dépend fortement de la granulométrie et de l’hydrodynamique locale (Dannheim et al., 2020).
En phase d’exploitation, les effets sont principalement liés à la modification durable de l’habitat, l’introduction de structures dures (ancres, chaînes, protections anti-affouillement) et la redistribution des usages, notamment l’exclusion partielle de la pêche de fond.
Les suivis belges du programme WinMon.BE (Degraer et al., 2023) montrent que les communautés macrobenthiques des sédiments meubles peuvent évoluer vers des assemblages différents de l’état initial, sans retour systématique à la référence.
Les structures artificielles favorisent une colonisation par une épifaune fixée (moules, anémones, crustacés), souvent qualifiée d’« effet récif ». Toutefois, plusieurs études rappellent qu’il s’agit d’un changement de nature d’habitat, et non d’une restauration écologique (Degraer et al., 2023 ; Dannheim et al., 2020).
Les suivis réalisés en mer du Nord (Belgique, Pays-Bas, Allemagne) constituent aujourd’hui les retours d’expérience les plus robustes. Par exemple, en Belgique, le programme WinMon.BE (2023) documente des modifications durables des communautés macrobenthiques sur fonds meubles. Ces modifications sont liées à la combinaison artificialisation et changement de pressions. Les effets cumulés de plusieurs parcs restent insuffisamment quantifiés, faute de protocoles harmonisés à grande échelle.
Ces résultats sont largement repris dans les travaux méthodologiques de l’IFREMER sur les impacts cumulés et le suivi benthique des parcs éoliens en mer.
Pour ce qui est de la question critique du démantèlement, les travaux récents de Spielmann et al. (2023, Journal of Environmental Management) montrent qu’il constitue une phase d’impact à part entière tels que, le retrait complet ou partiel des structures entraîne une re-perturbation benthique, les communautés installées sur les structures artificielles peuvent être brutalement supprimées et les trajectoires écologiques post-démantèlement restent très incertaines.
Cette phase est encore peu intégrée dans les évaluations environnementales actuelles, alors même qu’elle peut générer des impacts comparables à ceux de la construction.
La zone BNO présente plusieurs caractéristiques renforçant les enjeux benthiques comme la dominance de fonds meubles sensibles, l’absence naturelle d’habitats durs étendus, la multiplication des systèmes d’ancrage et de lignes propres au flottant, induisant une empreinte diffuse.
Les documents de planification et d’évaluation stratégique de la façade NAMO soulignent que les connaissances benthiques disponibles à ce stade sont principalement cartographiques et synthétiques, et qu’elles devront être complétées par des états de référence détaillés avant toute conclusion robuste.
L’état des connaissances scientifiques montre que l’éolien en mer flottant n’est ni écologiquement neutre ni uniformément impactant pour le benthos. Dans une zone comme BNO, dominée par des fonds meubles, les impacts attendus relèvent principalement d’une reconfiguration des habitats, de modifications durables des communautés benthiques et d’incertitudes fortes sur les effets cumulés et la fin de vie des installations.
La crédibilité de l’évaluation environnementale repose donc sur des états initiaux benthiques exhaustifs, des suivis de long terme incluant des indicateurs fonctionnels et une prise en compte explicite du démantèlement et des effets cumulés.
Ces exigences sont aujourd’hui clairement formulées par la communauté scientifique internationale et les organismes de référence tels que l’ICES et l’IFREMER.
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